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«J'ai été détenu à Berntanamo» |
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JEAN-A. LUQUE 15 Mars 2005 Le Matin en line |
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JUSTICE Le Ministère public de la Confédération abuse de ses prérogatives. Soupçonné d'avoir de vagues liens avec des terroristes, Abdelhakim Sharif a passé neuf mois en prison, à l'isolement. Le Yéménite est innocent. D'autres ont subi le même traitement
«C'est juste de la folie. J'ai fait
neuf mois de prison dans des conditions inhumaines. Les quatre
premiers mois à Berne; personne ne m'a dit de quel crime j'étais
accusé. J'étais seul dans une cellule sans fenêtre, 24 heures sur
24. Aucune promenade, aucune visite n'était autorisée. C'était une
vraie torture psychologique. En fait, j'ai été détenu à Berntanamo.» «Pendant quatre mois, explique le jeune homme, Claude Nicati, le procureur fédéral adjoint, et un policier se sont relayés toutes les semaines pour me poser des questions sur ma vie privée. Comment suis-je arrivé en Suisse? Est-ce que je connais un tel ou un autre? Rien de plus. Je n'ai pas su ce qu'on me reprochait. On ne m'a jamais parlé de terrorisme ou d'al-Qaida. Lors d'un interrogatoire, j'ai été assisté d'un avocat. Je lui ai demandé de m'expliquer pourquoi j'étais en prison. Il ne m'a rien dit, n'a rien fait.» «Mon crime, c'est d'avoir téléphoné» Ce n'est qu'en mai ou juin, après son transfert à Moutier dans le Jura bernois, que le détenu apprend le motif de son incarcération. Il est inculpé de participation à une organisation criminelle, dans le cadre d'une enquête sur l'attentat meurtrier de Riyad en Arabie saoudite. Un rapport de la police judiciaire fédérale le présente comme «un personnage clé du réseau... impliqué dans la gestion d'un appartement «conspiratif», cherchant à héberger les individus arrivant en Suisse, via l'Allemagne.» La vérité est beaucoup moins «conspirative», comme l'explique le principal intéressé: «Mon crime, c'est d'avoir téléphoné à un compatriote pour lui demander de m'aider à faire entrer en Suisse mon frère mineur et un cousin, depuis l'Allemagne. Je les ai hébergés ensuite chez moi.» vite. Le cas d'Abdelhakim Sharif n'est pas unique. Neuf Yéménites et Somaliens ont été arrêtés dans le cadre de cette opération de lutte contre le terrorisme (nom de code «Saoud»). Claude Nicati, du ministère public, s'est acharné à monter un dossier global d'accusation jusqu'en septembre 2004. Puis, il passe le flambeau au juge d'instruction fédéral Paul Perraudin. Les résultats sont éloquents: sept «suspects» sont relâchés au plus L'avocat Jean-Michel Dolivo défend un autre Yéménite, lui aussi emprisonné pendant de long mois: «Je suis indigné. Les méthodes pratiquées par le Ministère public de la Confédération rappellent Guantanamo, et bafouent la présomption d'innocence. On ne peut pas tolérer des mois d'interrogatoires et d'auditions avec quasiment une mise au secret des détenus. Sans compter les pressions psychologiques auprès d'accusés qui ne savent pas ce qu'on leur reproche. Tout cela est grave, sans véritable contrôle sur le ministère public.» Contacté, Claude Nicati n'a pas tenu à s'exprimer: le dossier n'est plus de son ressort. Reste Abdelhakim Sharif, qui ne comprend toujours pas: «Je n'aurais jamais cru qu'on puisse traiter les gens ainsi en Suisse. Vous savez, je n'ai jamais fait de politique. Je n'ai jamais été religieux. Mais aujourd'hui... oui, je prie.» |