Lettre de Dr Hélène Jaffé   Président de l’AVRE


Hélène Jaffé

Cher  Haytham Manna,

 je ne pense pas pouvoir venir à votre colloque : je fais une consultation à Bordeaux ce même jour et ne suis pas sure d'arriver à reporter  les RDV pris par des gens qui n'habitent pas tous Bordeaux même.

Je le regrette d'autant plus que c'aurait été une occasion de vous voir un peu. Et puis le sujet m'intéresse, vous le savez. je vous livre quelques points de réflexion, pour ce qu'ils valent. Et je fais renouveler mon passeport au cas où...

Tout ce qui resserre les liens entre les bonnes volontés, notamment entre les mondes arabe et européen, si proches géographiquement est capital pour s'opposer à des tentations manichéennes du "tout terroriste" ou du tout
"exploiteur" par exemple.

Si on considère la presse  mondiale, elle se trouve partagée d'une part entre  le " tout dire tout montrer" qui est la règle dans la presse américaine, sachant qu'il existe une catégorie de journalistes , là comme ailleurs, qui savent respecter une déontologie professionnelle self-imposée,, hélas.

D'autre part, les presses muselées: je ne citerai qu'un exemple, celui de la presse tunisienne, et je suis sure qu'il y aura dans la salle des personnes pour aller dans mon sens. Il y en a d'autres.

Entre les deux les appréciations de ce qu'on peut, doit montrer et ce qui ne doit pas l'être résulte d'une chimie propre à chaque pays, chimie dans laquelle interfère les règles déontologiques, les pressions politiques et les lois sur le respect de la vie privée, la non-diffamation, la non incitation à la violence etc...

Les journalistes de terrain, les reporters essaient de rendre la réalité, si insoutenable soit-elle. C'est ensuite aux rédactions de faire le tri, en fonctions des éléments exprimés plus haut.

Je voudrais que chacun pense très fort à un être cher, enfant, femme, mère. Et imagine qu'on lui mette sous les yeux les sévices ou l'exécution capitale de cette personne aimée? Le voudrait-il vraiment? quelle cause sert ou
dessert une telle image? Réponses ???
L'amalgame que l'on fait entre le monde arabe et celui de la violence et du terrorisme ne gagne pas à mon avis à la propagation de telles images. Pas plus que des incitations à la haine. Qu'on en vienne à censurer complètement, interdire une chaîne ou quelque média que ce soit, est, toujours, à mon avis une erreur. Et je reste persuadée que tout ce qui contribue à faire partager les vies quotidiennes, les joies et malheurs, les cultures de nos deux mondes doit être vivement
encouragé. Des règles internationales doivent bien  exister pour régler les différents, lorsque des personnes morales ou des individus se trouvent à leur avis, lésés ou blessés par des propose ou images d'où qu'elles viennent.

Et un dernier mot pour assurer toute mon admiration  et mon soutien aux journalistes qui prennent de sérieux risques pour que nous sachions ce qui se passe sur les lieux d'affrontement notamment, et je pense, bien sur, aux
journalistes pris en otage en Irak.

Amicalement,  

Hélène Jaffé  

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